Biais cognitifs et entrepreneuriat, comment tracer notre propre voie
Biais de désirabilité sociale, biais du survivant, illusion de transparence… Dans ce nouvel épisode des Biais dans le Plat, Rébecca Sfedj – coach, conférencière et fondatrice du club Gals for Change – lève le voile sur les filtres invisibles qui ont ralenti, et parfois bloqué, son propre parcours. Un témoignage précieux, sans armure, de ce que biais cognitifs et entrepreneuriat peuvent avoir de commun.
Qui est Rébecca Sfedj ?
Sur le papier, le parcours de Rébecca impressionne : diplômée de Paris-Dauphine, passée par Ticket for Change, co fondatrice d’associations, autrice, conférencière TEDx, elle accompagne aujourd’hui des femmes entrepreneures au sein de son club Gals for Change. Un espace communautaire pensé pour que les femmes qui entreprennent seules n’aient plus à tout porter seules ni l’anxiété financière, ni la surcharge de compétences à acquérir, ni les doutes sur leur légitimité.
Mais derrière ce parcours bien tracé se cache une réalité beaucoup plus humaine : des années à souffrir de ne pas avoir de vocation, un rapport douloureux à la performance, une longue émancipation familiale. Et des biais cognitifs à chaque carrefour.
« J’ai souffert de ne pas avoir de vocation » : le piège de la case prédéfinie
L’une des premières confessions de Rébecca dans cet épisode est aussi l’une des plus éclairantes. Enfant, elle enviait ceux qui savaient déjà ce qu’ils voulaient faire. Elle, non. Et cette absence de vocation toute tracée, elle l’a vécue comme un handicap.
C’est une croyance très répandue que l’on pourrait appeler l’illusion de la vocation unique 😂 Cette croyance collective que chaque personne aurait une mission prédéfinie à découvrir, et que si on ne la trouve pas vite, on est en retard. La réalité ? La vocation se construit. Par l’expérience, les rencontres, l’introspection, les essais et les erreurs.
Rébecca le dit elle-même : c’est en s’engageant dans des associations étudiantes, en testant des stages dans des ambassades et des start-ups, en co fondant Le Noise, qu’elle a progressivement dessiné ce qui l’animait vraiment : l’accompagnement, la formation, l’empowerment des femmes.
💡 À retenir : Si vous cherchez encore votre voie, vous n’êtes pas en retard. Vous êtes en train de la créer.
Être aimée pour ce qu’on fait, pas pour qui on est : le biais de désirabilité sociale à l’œuvre
C’est sans doute le fil rouge de toute la conversation. Le biais de désirabilité sociale, c’est cette tendance à se conformer à ce que l’on croit que les autres attendent de nous, pour être accepté(e), aimé(e), reconnu(e).
Pour Rébecca, il s’est manifesté très concrètement : dormir trois heures par nuit pendant dix ans pour avoir de bonnes notes. Non pas parce que ses parents le demandaient explicitement, mais parce que quelque chose en elle avait intégré l’équation : bonne élève = aimée.
Ce glissement entre ce que je fais et qui je suis est au cœur de nombreux blocages. Quand la valeur personnelle est conditionnée à la performance, chaque erreur devient une menace existentielle. Et chaque passage à vide (comme celui que Rébecca a traversé après le COVID, six mois sans se payer) devient source de honte profonde plutôt que d’apprentissage.
Je reconnais tellement ce mécanisme dans les parcours que j’observe : on confond la valeur de ce qu’on produit avec la valeur de ce qu’on est. Et ce n’est jamais anodin.
💡 À retenir : Vous n’êtes pas ce que vous produisez. Votre valeur n’est pas un KPI.
Le biais du survivant : pourquoi les « méthodes miracles » vous enfoncent
Dans un moment de franchise totale et assumée Rébecca exprime sa lassitude face aux promesses de revenus passifs et de succès express qui fleurissent dans l’univers entrepreneurial.
Ce phénomène a un nom : le biais du survivant. Nous ne voyons que ceux qui ont réussi, jamais les nombreux qui ont échoué en chemin. Résultat : nous nous construisons une image faussée de ce qu’est la norme du succès, et nous nous jugeons à l’aune d’exceptions présentées comme des règles.
Pour les femmes qui entreprennent et qui ont des fragilités au niveau de l’estime de soi, ce biais est dévastateur : elles font le travail, avancent dans la bonne direction, et pourtant se découragent parce qu’elles ne ressemblent pas aux success stories qu’on leur vend. C’est exactement ce que Rébecca rattrape à la petite cuillère auprès des entrepreneures qu’elle accompagne.
💡 À retenir : Comparez votre chemin à votre chemin d’hier, pas au highlight reel de quelqu’un d’autre.
L’illusion de transparence : vous ne vous trahissez pas autant que vous le croyez
Autre biais abordé dans cet épisode : l’illusion de transparence. C’est la conviction que les autres voient nos émotions, notre stress, notre doute aussi clairement que nous les ressentons.
Je le vis moi-même. Je sortais d’une réunion convaincue de m’être couverte de honte, et un participant m’a écrit « masterclass » dans le chat. Ce décalage entre notre perception interne et ce que les autres perçoivent réellement est systématique — et souvent salvateur à entendre.
C’est l’une des raisons pour lesquelles le regard extérieur bienveillant — celui d’un groupe, d’une communauté, d’un coach — est si précieux. Non pas pour nous flatter, mais pour nous donner une mesure plus juste de notre propre réalité.
💡 À retenir : Votre critique intérieur est en surmenage. Les autres vous voient souvent bien mieux que vous ne vous voyez.
5 étapes concrètes pour se mettre en chemin, selon Rébecca
À la question « quel est le premier pas pour celles qui veulent changer ? », Rébecca propose une méthode simple et efficace :
1. Identifier ce que vous ne voulez plus.
- Avant de savoir où aller, listez ce que vous voulez quitter : un rythme, un comportement, un environnement.
2. Définir ce que vous voulez à la place.
- Dans une deuxième colonne, traduisez chaque « je ne veux plus » en « je veux ». Soyez aussi précise que possible.
3. Visualiser ou écrire.
- Le cerveau ne fait pas la différence entre une situation réelle et une situation imaginée. Visualisez la vie que vous voulez, ou écrivez-la au présent comme si elle était déjà là.
4. Identifier les toutes petites étapes.
- Plus l’ambition est grande, plus les premières étapes doivent être minuscules. C’est ce qui déjoue la procrastination et maintient l’élan.
5. Ritualiser des temps de rétrospective.
- Chaque semaine, chaque mois, chaque trimestre : prenez le temps de regarder le chemin parcouru. Ancrer ses réussites, c’est nourrir la confiance nécessaire pour continuer.
Ce que cette conversation dit, en creux, sur les femmes, les biais cognitifs et l’entrepreneuriat
Ce qui frappe dans la conversation avec Rébecca, c’est que tous les biais évoqués se nourrissent les uns les autres. Le besoin de validation externe (biais de désirabilité sociale) pousse à surestimer les attentes des autres (illusion de transparence), qui génère un syndrome de l’imposteur, lui-même amplifié par la comparaison aux success stories (biais du survivant).
Ce n’est pas une fatalité. C’est un système. Et un système, ça se comprend, ça se déconstruit, ça se déjoue.
C’est exactement pour cela que comprendre ses biais cognitifs n’est pas un exercice intellectuel : c’est un outil de libération. C’est ce qui m’a moi-même aidée à comprendre pourquoi changer semblait si difficile : non pas parce que j’étais différente, mais parce que mon cerveau, comme tout le monde, est câblé pour résister. Et que cette résistance n’est pas un défaut de fabrication. C’est juste un filtre à apprendre à reconnaître.
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Retrouvez l’épisode complet avec Rébecca Sfedj sur toutes les plateformes d’écoute : Spotify, Apple Music, Deezer et Amazon Music et retrouvez Rébecca sur Instragram
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