infographie représentant une gestion de conflit en entreprise entre un homme et une femme qui ont tous les deux les bras croisés

Gestion de conflit : ce que votre cerveau fait avant même que vous ouvriez la bouche

La gestion de conflit commence souvent par une pensée qu’on ne formule pas à voix haute : “Ils le font exprès.” Elle ne commence pas quand les mots dérapent, quand la réunion déraille ou quand le silence entre deux collègues devient pesant. Elle commence bien avant, dans un endroit que personne ne voit : votre tête.

Adolescente, je n’osais pas traverser le hall du lycée, tétanisée par la peur du regard des autres. Je me convainquais que tout le monde me regardait, me jugeait, m’évaluait. Comprendre, des années plus tard, que les gens ne pensent pas à moi autant que je le croyais a été un soulagement profond. Et un premier pas vers une gestion de conflit qui commence par soi.

Dans cet article, je vous propose de regarder la gestion de conflit autrement. Pas uniquement comme un outil de communication ou une compétence managériale, mais comme une pratique qui commence par comprendre ce qui se passe dans notre cerveau avant même que le conflit éclate. Définition, causes, biais cognitifs, stratégies concrètes : voilà ce que l’on va explorer ensemble.

Qu’est-ce que la gestion de conflit ? Définition et enjeux

Ce qu’on entend vraiment par “gestion de conflit”

La gestion de conflit est souvent réduite à une compétence de communication. On nous apprend à : 

  • “mieux écouter”
  • “utiliser le je”, 
  • “reformuler”. 

C’est utile, mais c’est insuffisant si on ne comprend pas ce qu’est réellement un conflit.

Un conflit n’est pas simplement un désaccord. C’est une tension entre deux parties qui perçoivent leurs intérêts, leurs valeurs ou leurs besoins comme incompatibles. Cette tension peut être :

  • Ouverte : exprimée, verbalisée, parfois explosive.
  • Latente : silencieuse, sous-jacente, souvent plus destructrice sur la durée.
  • Interne : vécue par une seule personne, avant même que l’autre soit impliquée.

C’est ce troisième type qui est le plus souvent ignoré dans les approches classiques de gestion de conflit. Et pourtant, c’est là que tout commence.

Pourquoi gérer un conflit plutôt que l’éviter ?

La tentation d’éviter un conflit est compréhensible. C’est inconfortable, énergivore, et le résultat n’est jamais garanti. Mais l’évitement a un coût que l’on sous-estime systématiquement.

Un conflit non traité ne disparaît pas, il se déplace. Il contamine les relations, alourdit l’atmosphère, alimente les non-dits. Et quand il finit par éclater, souvent pour une raison anodine, il est chargé de tout ce qui n’a pas été dit avant.

La gestion de conflit n’est pas l’art d’éviter les tensions, c’est l’art de les traverser sans se perdre.

Les 4 grandes causes d’un conflit

Avant de chercher à gérer un conflit, il est utile de comprendre d’où il vient. Dans leurs travaux sur la gestion de conflit, les chercheurs Richard Bréard et Pierre Pastor identifient quatre grandes familles de causes qui se retrouvent dans la quasi-totalité des situations conflictuelles.

Les différences d’intérêts

La première cause de conflit est la plus évidente : deux personnes ou deux équipes qui poursuivent des objectifs incompatibles, ou qui se disputent des ressources limitées (budget, temps, reconnaissance, visibilité).

Dans un contexte de gestion de conflit en entreprise, ces tensions sont structurelles. Deux départements qui veulent la priorité sur le même projet, un manager et son équipe qui n’ont pas la même définition du succès : ce n’est pas un problème de personnes, c’est un problème de cadre.

Les différences de perception en gestion de conflit

C’est là que les biais cognitifs entrent en jeu. Deux personnes face à la même situation peuvent en avoir des lectures radicalement différentes, sans qu’aucune des deux soit de mauvaise foi.

Albert Moukheiber, neuroscientifique et auteur de “Votre cerveau vous joue des tours”, montre comment nos filtres de perception transforment la réalité en scénario personnalisé. Dans une gestion de conflit qui ne prend pas en compte ces filtres, on règle les symptômes sans toucher aux causes.

J’en ai un exemple très concret, vécu dans un grand groupe automobile français. Au bout d’un ou deux jours d’atelier, j’ai réalisé que nous n’avions pas tous la même définition d’un mot pourtant simple : “client”. Pour une partie des participants, le client était l’entreprise qui commandait les pièces à l’usine. Pour d’autres, dont moi, le client était la personne qui allait conduire la voiture. 

Deux définitions, un seul mot, et des crispations croissantes que personne ne comprenait vraiment. Ce genre de conflit de perception ne vient pas d’un désaccord sur le fond. Il vient d’un malentendu sémantique que personne n’a pris le temps de nommer. Et c’est précisément là que la gestion de conflit commence : en vérifiant qu’on parle bien de la même chose avant de débattre. 

Les menaces identitaires

C’est la cause la plus difficile à nommer et donc la plus explosive en gestion de conflit. Quand quelqu’un perçoit une menace sur sa reconnaissance, son statut, sa légitimité ou son sentiment de justice, la réaction est viscérale avant d’être rationnelle.

Un feedback mal formulé devient une remise en cause globale. Une promotion accordée à quelqu’un d’autre devient une injustice. Un changement d’organisation devient une dévalorisation personnelle. La gestion de conflit dans ces situations demande de toucher à l’identité, ce qui ne se fait ni vite ni de façon mécanique.

Les déficits de communication qui mettent votre gestion de conflit à rude épreuve

Non-dits, interprétations, absences de clarification : la quatrième cause de conflit est souvent la plus banale, et la plus répandue. On suppose que l’autre a compris, on n’ose pas demander et on interprète le silence comme une réponse.

La gestion de conflit passe ici par un geste simple mais exigeant : vérifier plutôt qu’interpréter. Demander plutôt qu’imaginer. C’est sur ce point que Thomas d’Ansembourg, dans “Cessez d’être gentil, soyez vrai !”, insiste avec le plus de force.

Ce que votre cerveau fait avant que le conflit éclate : le rôle des biais cognitifs dans la gestion de conflit

Vous le savez si vous suivez ce que je produis avec les biais dans le plat,c’est l’angle qui me tient le plus à cœur dans ma façon d’aborder la gestion de conflit

Parce que la plupart des outils de communication supposent que le conflit est déjà là, visible, posé sur la table. Mais souvent, quand il éclate, il a déjà été scénarisé depuis (trop) longtemps dans notre tête.

Le biais d’attribution hostile : quand l’ambiguïté devient menace

photo d’une femme en colère et qui a air menacant. De toute évidence, elle a un problème de gestion de conflit.
La gestion de conflit peut vous faire prendre du recul afin de ne pas surinterpréter les actes des gens qui vous entourent.

Crédit photo : Rickey123 sur pixabay.com

Un collègue ne vous dit pas bonjour ce matin. Un message reste sans réponse depuis deux heures. Votre manager vous coupe la parole en réunion.

Le biais d’attribution hostile est cette tendance automatique à interpréter un comportement ambigu comme une agression dirigée contre soi. 

Ce biais cognitif transforme une maladresse en attaque, un oubli en rejet, un silence en guerre froide.

Dans le cadre de la gestion de conflit, il est redoutable parce qu’il nous met en position défensive face à une hostilité qui n’existe peut-être pas. 

On réagit à une intention qu’on a inventée.

Le biais d’intentionnalité : “il l’a fait exprès”

Si le biais d’attribution hostile nous dit qu’on est visé, le biais d’intentionnalité vient confirmer que c’est calculé. L’autre n’a pas juste été maladroit, il a agi délibérément, pour nous blesser, nous tester ou nous déstabiliser.

Ces deux biais cognitifs sont des réflexes ancestraux. Ils viennent d’un cerveau programmé pour détecter les dangers avant qu’ils ne deviennent réels. 

Dans notre quotidien professionnel ou personnel, ils brouillent les signaux. Ils nous font voir des ennemis là où il y a simplement des gens maladroits, fatigués ou débordés.

La gestion de conflit qui ignore ces mécanismes restera toujours superficielle.

Le biais de confirmation : le cerveau qui s’auto-convainc

Une fois le scénario lancé dans notre tête, le biais de confirmation prend le relais. Notre cerveau ne cherche plus à comprendre la situation. Il cherche à se prouver qu’il a raison de se sentir visé.

Chaque geste de l’autre est filtré, réinterprété pour confirmer la menace et on ne voit plus les signaux contraires. La gestion de conflit devient alors presque impossible parce qu’on n’est plus en train d’analyser une situation réelle, on est en train de défendre un récit que notre cerveau a construit pour nous.

Gérald Bronner, dans “La démocratie des crédules”, montre comment ce mécanisme de croyance auto-confirmante peut conduire des personnes parfaitement intelligentes à défendre des positions de plus en plus éloignées de la réalité. 

Le même phénomène s’applique dans la gestion de conflits interpersonnels. Pour aller plus loin sur le lien entre émotions et biais cognitifs, je vous propose d’en apprendre plus dans mon article sur l’intelligence émotionnelle et les biais cognitifs

Comment ces 3 biais s’enchaînent et fabriquent un conflit qui n’existait pas

Le plus toxique dans ce mécanisme, c’est sa logique de cascade. Le biais d’attribution hostile détecte une menace. Le biais d’intentionnalité la confirme. Le biais de confirmation l’amplifie. Et on se retrouve en position d’agression face à quelqu’un qui, de son côté, n’a rien fait de délibéré.

C’est quasi quotidien. Et quand l’émotion s’en mêle, le cocktail devient explosif.

Avant de quitter ma dernière mission, j’ai eu le cas d’une collaboratrice à qui on annonçait l’arrivée d’une nouvelle responsable. Dès les premiers mots, elle était convaincue que ça signifiait qu’elle était mal notée. Elle n’a écouté aucune explication. Chaque phrase du manager était filtrée, interprétée, ramenée à la même conclusion : “tu n’es pas capable.” Elle a même fini par penser qu’on s’attaquait à son physique, ce qui était très loin de l’intention réelle. L’intention perçue avait complètement écrasé l’intention réelle, sans que personne n’ait rien pu faire pour l’en sortir à ce moment-là.

C’est exactement ça, l’enchaînement des trois biais cognitifs en action : le biais d’attribution hostile a détecté une menace dans l’annonce, le biais d’intentionnalité l’a transformée en attaque délibérée, et le biais de confirmation a filtré tout ce qui suivait pour prouver que la menace était réelle. Résultat : on crée parfois le conflit qu’on redoutait, juste parce qu’on l’avait anticipé. C’est l’une des observations les plus importantes dans ma façon d’aborder la gestion de conflit : nous sommes souvent coauteurs du conflit que nous subissons.

Gestion de conflit au travail : ce qui change en entreprise

La gestion de conflit en contexte professionnel obéit à des règles supplémentaires que les approches personnelles ne couvrent pas toujours. Les rapports hiérarchiques, les enjeux de pouvoir, les cultures d’entreprise et les dynamiques de groupe ajoutent des couches de complexité qui changent profondément les stratégies à adopter.

Les conflits silencieux qui coûtent le plus cher

Dans ma carrière, j’ai observé que les conflits les plus dévastateurs ne sont pas ceux qui éclatent en réunion. Ce sont ceux qui ne s’expriment jamais. Les non-dits qui s’accumulent, les frustrations qui se taisent, les tensions qui se cristallisent dans des comportements passifs.

Une gestion de conflit efficace en entreprise commence par créer les conditions dans lesquelles ces tensions peuvent s’exprimer avant d’exploser. Cela demande un climat de sécurité psychologique que peu d’organisations construisent vraiment. Et souvent, les collaborateurs les plus silencieux dans ces situations sont aussi ceux qui doutent le plus de leur légitimité à exprimer leur ressenti, un mécanisme que j’explore en profondeur dans mon article sur le syndrome de l’imposteur

Dans toutes les réunions que j’ai animées, j’ai toujours fait attention aux personnes qui prenaient la parole, puis qui s’arrêtaient soudainement. Ce silence soudain est souvent le premier signal d’un conflit silencieux en train de se former. Le rôle du manager, dans ces moments-là, n’est pas de forcer la parole, c’est de créer les conditions pour que chacun puisse retrouver sa place dans l’échange. Les conflits silencieux sont les plus violents précisément parce que les managers qui ne sont pas à l’écoute les laissent passer, jusqu’à ce qu’ils deviennent ingérables.

Une gestion de conflit efficace en entreprise commence donc par créer les conditions dans lesquelles ces tensions peuvent s’exprimer avant d’exploser. Cela demande un climat de sécurité psychologique que peu d’organisations construisent vraiment. Et souvent, les collaborateurs les plus silencieux dans ces situations sont aussi ceux qui doutent le plus de leur légitimité à exprimer leur ressenti.

Le rôle du manager dans la gestion de conflits dans son équipe

Un manager confronté à un conflit dans son équipe doit résoudre une équation délicate : intervenir sans prendre parti, clarifier sans imposer, faciliter sans décider à la place des personnes concernées.

La tentation est souvent soit de minimiser (“ce n’est rien, ça va passer”) soit d’arbitrer trop vite (“voilà ce qu’il faut faire”). Ces deux approches échouent pour la même raison : elles ne touchent pas aux causes réelles du conflit.

Une bonne gestion de conflit managériale commence par une question simple : est-ce que je comprends ce que chacun ressent vraiment dans cette situation ? Pas ce qu’il dit, mais ce qu’il ressent. Pour les managers qui veulent développer cette posture au quotidien, mon article sur le leadership présent donne des clés concrètes pour y parvenir. 

Quand la gestion de conflit révèle un problème systémique

Parfois, un conflit entre deux personnes n’est pas un problème de personnes. C’est un signal que quelque chose ne fonctionne pas dans l’organisation : une ambiguïté de rôles, une surcharge structurelle, des objectifs contradictoires imposés par le système.

Dans ces cas-là, une gestion de conflit centrée uniquement sur la relation entre les individus manque la cible. Comme le souligne l’IFMAN dans ses travaux sur la régulation des conflits, un conflit n’est pas toujours un dysfonctionnement à supprimer. C’est parfois une tension à réguler, révélatrice d’un problème collectif qui mérite d’être traité comme tel.

Photo d’une réunion de bureau qui tourne au conflit entre deux hommes. Leur manager au centre tente de rester calme et de mobiliser ses connaissances en gestion de conflit.
Ne pas s’énerver dans une situation comme celle ci permet d’apaiser les tensions grâce à la gestion de conflit.

crédit photo : Al25.Studio Studio sur pexels.com

Les 5 stratégies de gestion de conflit

Le modèle Thomas-Kilmann est aujourd’hui la référence académique la plus utilisée pour catégoriser les styles de gestion de conflit. Il identifie cinq postures possibles face à un conflit, chacune pertinente selon le contexte.

La compétition : quand gagner n’est pas toujours la bonne option

La compétition, c’est la posture qui dit “mes intérêts passent avant les tiens”. Cette stratégie de gestion de conflit est parfois légitime : quand les enjeux sont non négociables, quand une décision rapide s’impose, quand on doit défendre une valeur fondamentale.

Mais utilisée systématiquement, elle détruit la relation. Dans un contexte de gestion de conflit managérial, une posture compétitive permanente crée de la méfiance et décourage toute expression des désaccords futurs.

La collaboration : la plus exigeante, la plus durable

La collaboration cherche une solution qui satisfait vraiment les deux parties. C’est la stratégie de gestion de conflit la plus ambitieuse parce qu’elle demande du temps, de l’écoute, et une volonté réelle de comprendre les besoins de l’autre avant de défendre les siens. Elle est particulièrement adaptée aux conflits à fort enjeu relationnel ou aux situations où les deux parties devront continuer à travailler ensemble. 

Un obstacle fréquent à cette posture, notamment en réunion, c’est le mansplaining : cette tendance, qu’on les hommes à couper la parole aux femmes ou à reformuler les idées qu’elles peuvent avoir, avant même de les avoir entendues. 

La Communication Non Violente développée par Marshall Rosenberg et popularisée en France par Thomas d’Ansembourg est l’un des outils les plus efficaces pour pratiquer cette forme de gestion de conflit

Elle est particulièrement adaptée aux conflits à fort enjeu relationnel ou aux situations où les deux parties devront continuer à travailler ensemble. 

Le compromis : utile mais insuffisant seul

Le compromis, c’est “chacun cède un peu”. C’est une stratégie de gestion de conflit rapide et équitable en apparence, mais elle laisse souvent les deux parties partiellement insatisfaites.

Dans une gestion de conflit à long terme, le compromis répété finit par créer un sentiment de perte cumulée. Il vaut mieux comme solution temporaire que comme posture permanente.

L’évitement : parfois stratégique, souvent coûteux

L’évitement n’est pas toujours une lâcheté, il peut être une stratégie délibérée de gestion de conflit : attendre que les esprits se calment, laisser passer un moment de tension ponctuel, choisir ses batailles.

Mais dans la durée, l’évitement est la stratégie de gestion de conflit la plus coûteuse. Elle laisse les tensions s’accumuler et les non-dits se solidifier jusqu’à ce qu’ils deviennent ingérables.

L’accommodation : quand céder est un choix, pas une capitulation

L’accommodation, c’est mettre les besoins de l’autre avant les siens. Dans une gestion de conflit consciente, c’est un geste fort : on choisit de céder parce que la relation compte plus que l’enjeu du conflit en question.

Le problème, c’est quand l’accommodation n’est pas un choix mais une habitude. Quand on s’efface systématiquement parce qu’on n’ose pas s’affirmer, c’est là que la gestion de conflit rejoint le travail sur la confiance en soi et l’assertivité. Ce mécanisme d’auto-effacement est d’ailleurs l’un des symptômes les plus courants du syndrome de l’imposteur chez les femmes, en particulier dans les contextes professionnels où elles se sentent déjà en position de devoir prouver leur légitimité. 

Comment désamorcer un conflit : les étapes concrètes de la gestion de conflit

Photo d’un graffiti d’une bombe sur le point d’exploser. L’objectif est d’illustrer le fait que la gestion de conflit c’est l’art de désamorcer les situations avant qu’elles n’explosent
Oui, je pense que l’on peut comparer la gestion de conflit avec le fait de désamorcer une bombe !

Crédit photo : Anthony-X sur pixabay.com

Quelle que soit la cause du conflit ou la stratégie choisie, il existe une séquence d’actions concrètes qui améliore significativement les chances d’une gestion de conflit réussie.

Étape 1 : nommer ce qu’on ressent sans tirer de conclusion

La première étape d’une bonne gestion de conflit est aussi la plus contre-intuitive. Avant d’agir, avant de parler, avant même de décider si le conflit est réel ou imaginé, il faut nommer ce qu’on ressent.

“Je me sens mis à l’écart.” “Je me sens dévalorisé.” “Je me sens ignoré.”

Ce n’est pas une plainte. C’est un point d’ancrage qui permet de distinguer l’émotion du fait, et d’éviter que la gestion de conflit parte immédiatement dans la confrontation.

Étape 2 : faire une pause avant de réagir

Dans la gestion de conflit, la rapidité de réaction est rarement un avantage. Le biais d’attribution hostile et le biais d’intentionnalité sont à leur plus fort dans les premières minutes après la perception d’une menace.

Attendre quelques heures, voire quelques jours, permet de voir la situation sous un autre angle. Non pas pour éviter le conflit, mais pour y entrer avec plus de clarté.

Étape 3 : vérifier plutôt qu’interpréter

C’est l’étape la plus puissante dans une gestion de conflit qui veut toucher aux causes réelles. Poser une question directe à l’autre : “Est-ce que j’ai dit quelque chose qui t’a mis mal à l’aise ?” ne fragilise pas la relation, ça la clarifie.

Cette vérification désarme le biais de confirmation : au lieu de chercher des preuves de l’hostilité supposée, on donne à l’autre la possibilité de corriger notre scénario intérieur.

Étape 4 : choisir le bon moment et le bon cadre

Une gestion de conflit menée en public, dans l’urgence ou dans un contexte émotionnellement chargé a peu de chances d’aboutir. Le cadre compte autant que les mots.

Un entretien en tête-à-tête, dans un moment calme, sans pression de temps, crée les conditions d’une gestion de conflit constructive. Ce n’est pas toujours possible, mais c’est toujours préférable.

Étape 5 : chercher à comprendre avant de convaincre

La dernière étape d’une gestion de conflit réussie est aussi la plus exigeante : mettre ses propres arguments en attente le temps de comprendre vraiment ce que l’autre vit, ressent et cherche.

Ce n’est pas de la faiblesse, c’est la condition pour qu’une résolution de conflit soit durable plutôt que superficielle. Cécile Neuville, dans “Pro en gestion des conflits”, rappelle que la plupart des conflits non résolus le restent parce que chacun a cherché à convaincre avant d’avoir compris.

Et si le conflit n’était pas contre vous ?

Je vous laisse avec la question que je pose à la fin de chaque épisode de podcast sur ce sujet : “Et si vous faisiez le choix de demander, plutôt que d’imaginer ?”

La gestion de conflit la plus efficace que j’aie jamais observée ne vient pas de grandes techniques de communication. Elle vient d’une décision simple : partir du postulat que ce n’est pas personnel.

Dans 90 % des cas, ce ne l’est pas. Le biais d’attribution hostile nous fait croire qu’on est visé. Le biais d’intentionnalité nous fait croire que c’est calculé. Mais derrière la plupart des comportements qui nous blessent, il y a simplement quelqu’un de fatigué, de débordé, de maladroit ou de mal compris.

C’est un entraînement, plus vous pratiquez cette posture dans votre gestion de conflit quotidienne, plus vous reprenez la main sur votre lecture des situations, et plus vous sortez de la spirale où le conflit qu’on redoutait finit par exister parce qu’on l’a anticipé.

Découvrez l’épisode 29 du podcast “Les Biais dans Le Plat” sur ce sujet, disponible sur Spotify, Apple Podcast, Amazon Music et Deezer.

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Un commentaire

  1. Merci pour cette mise en lumière essentielle 🙏 On parle beaucoup de communication non violente, mais rarement de ce qui se joue en amont, dans nos pensées automatiques. Le biais d’attribution hostile, je le connais bien… et il peut vraiment saboter une relation avant même qu’un mot ne soit échangé. Tes exemples sont concrets, percutants, et les pistes que tu proposes donnent des leviers pour retrouver de la clarté émotionnelle. Une lecture que je recommande vivement à toute personne en équipe… ou en famille !