Échelle métallique appuyée contre la lune dans un ciel nocturne, illustrant la construction progressive de la confiance en soi
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Avoir confiance en soi, les bons conseils vous mentent

Tapez “avoir confiance en soi” dans un moteur de recherche. Vous obtiendrez, dans les premières pages, à peu près toujours la même chose :

  • Listez vos forces. 
  • Célébrez vos petits succès. 
  • Remplacez vos pensées négatives par des pensées positives. 
  • Souriez-vous dans le miroir.
  • Sortez de votre zone de confort. 
  • Prenez soin de votre apparence.

Ces conseils ne sont pas faux. Certains sont même appuyés par de vraies études. Ils ont une valeur réelle mais une valeur partielle. Et c’est précisément ce qu’on ne vous dit jamais.

Alors je vais le faire.

Le problème avec les listes de conseils

Les articles sur la confiance en soi partagent tous la même structure : un constat (avoir confiance en soi, c’est important), une liste de techniques (voici comment la développer), et une conclusion encourageante (vous pouvez y arriver).

Ce format a un défaut structurel : il traite la confiance en soi comme un problème de comportement. Il suffirait de faire les bonnes choses pour que la confiance suive.

Mais avoir confiance en soi n’est pas un problème de comportement, c’est un problème de perception. Et tant qu’on ne s’attaque pas à ce qui déforme cette perception, les comportements changent en surface sans toucher le fond.

Ce qui déforme cette perception, ce sont les biais cognitifs. Et c’est précisément ce que les listes de conseils n’intègrent pas.

Regardons-les une par une.

“Listez vos forces” : utile mais insuffisant sans le bon filtre

Ce conseil a une vraie valeur pour avoir plus confiance en soi. L’exercice oblige à s’arrêter, à nommer ce qu’on sait faire, à le formuler explicitement. Pour beaucoup de personnes, c’est déjà une révélation : mettre des mots sur ses compétences les rend réelles d’une façon que la pensée vague ne permet pas.

Mais voilà le problème.

Si vous manquez de confiance en vous, votre cerveau a déjà décidé de la conclusion avant même que vous preniez votre stylo. Et il va lire votre liste à travers ce filtre.

C’est ce que le biais de confirmation produit appliqué à soi-même. Une fois qu’une image de soi est installée : 

  • “je ne suis pas vraiment à la hauteur”, 
  • “je réussis par chance”, 

le cerveau sélectionne les informations qui la confirment et minimise celles qui la contredisent.

Vous écrivez “je suis organisée”. Votre cerveau répond : “oui mais c’est le minimum, ça ne compte pas vraiment.” Vous ajoutez “je suis capable de convaincre”. Votre cerveau : “cette fois-là oui, mais c’était un contexte favorable.”

La liste ne disparaît pas. Elle est neutralisée.

Ce qui manque : 

Faire cet exercice avec quelqu’un qui peut valider ou invalider votre lecture. Pas pour dépendre de son regard, mais pour détecter où le filtre biaise votre perception. La liste de forces n’est pas un exercice solitaire. C’est un point de départ pour une conversation honnête.

“Célébrez vos petits succès” : oui, mais d’abord apprenez à les voir

Celui-là est probablement le conseil le plus juste de la liste. Et le plus sous-estimé dans sa complexité.

Célébrer ses succès pour développer sa confiance en soi oblige d’abord à les identifier et c’est déjà énorme. Parce que le biais de négativité, cette tendance du cerveau à accorder structurellement plus de poids aux expériences négatives qu’aux positives fait que les succès passent souvent inaperçus. 

  • Une présentation qui se passe bien ? Normal. 
  • Un projet livré dans les temps ? C’est votre travail. 
  • Une relation client qui se renforce ? De la chance.

L’échec, lui, s’imprime. Le succès glisse.

Alors oui, l’exercice de célébration a une vraie vertu : il force le cerveau à s’arrêter sur ce qu’il aurait naturellement ignoré. C’est une forme de rééducation attentionnelle pour renforcer la confiance en soi.

Ce qui manque : 

Comprendre que la célébration ne suffit pas si la source de validation reste extérieure. Quand la confiance en soi est fragilisée, on ne se fait plus confiance pour évaluer ce qui mérite d’être célébré. On attend que quelqu’un d’autre valide. 

  • Un manager qui félicite : la confiance monte. 
  • Un environnement silencieux ou hostile : la confiance s’effondre. 

Célébrer ses succès n’est utile que si on apprend simultanément à faire confiance à son propre regard pour les identifier.

Citation motivationnelle "No excuses, no worries" illustrant les injonctions classiques sur la confiance en soi que les biais cognitifs viennent contrecarrer

“Remplacez vos pensées négatives par des pensées positives” : le conseil le plus mal calibré pour avoir plus confiance en soi.

Je vais être directe : celui-là est le plus problématique. Non pas parce qu’il est absurde, mais parce qu’il sous-estime radicalement ce à quoi il s’attaque.

Le biais de négativité est l’un des mécanismes les plus puissants et les mieux documentés en neurosciences. Notre cerveau accorde structurellement plus de poids aux expériences négatives qu’aux positives. Ce n’est pas une question de volonté. C’est câblé. On parle d’un héritage évolutif d’une époque où repérer rapidement le danger était une question de survie.

Alors quand on vous dit de “remplacer” une pensée négative par une pensée positive, comme si c’était une décision, vous faites face à un déséquilibre fondamental. La pensée négative a le poids de l’évolution derrière elle. La pensée positive, elle, a votre bonne volonté du moment.

Ce n’est pas un combat équitable.

Ce qui a quand même de la valeur : 

Nommer la pensée négative, pas pour la remplacer mais pour la reconnaître comme ce qu’elle est : un biais, pas une vérité. 

“Mon cerveau me dit que je vais échouer” n’est pas la même chose que “je vais échouer”. Cette distinction, aussi petite qu’elle paraisse, crée un espace entre le mécanisme et la croyance. Et c’est dans cet espace que quelque chose peut changer.

“Sortez de votre zone de confort” : le conseil le plus surestimé

Je ne dirai pas que ce conseil est faux. J’ai fait 95 kilomètres dans les Alpes avec 3 800 mètres de dénivelé, j’en parle dans l’épisode sur le biais de négativité, précisément parce que je crois à la vertu de l’effort pour éprouver ses propres capacités.

Sortir de sa zone de confort fonctionne. Quand ça marche, ça constitue une preuve que le cerveau a du mal à neutraliser complètement. “J’ai fait ça” est plus robuste que “je pense que je pourrais faire ça.”

Ce qui manque : 

Le mode d’emploi. Sortir de sa zone de confort et échouer, ce qui arrive, parce que c’est la nature de l’exercice, peut aggraver la situation si les biais sont en place. Le biais d’attribution interne s’en chargera immédiatement : il transformera la difficulté du contexte en preuve personnelle. “J’ai essayé. Ça n’a pas marché. C’est bien la preuve que je n’étais pas capable.”

La sortie de zone de confort n’est pas un médicament universel. C’est un outil qui fonctionne mieux quand on a compris les biais cognitifs qui peuvent en neutraliser les effets. Sans cette compréhension, on risque de sortir de sa zone de confort pour en revenir avec encore moins de confiance qu’avant. Avoir confiance en soi ne veut pas dire sortir de sa zone de confort, il peut vouloir dire l’élargir. 

Comment avoir confiance en soi ? Ce que ces conseils ont en commun et ce qu’il faudrait ajouter

Tous ces conseils partagent une même hypothèse implicite : que la personne qui manque de confiance en soi a un accès fiable à sa propre réalité et qu’il suffit de lui donner les bons outils pour qu’elle la perçoive mieux.

Mais c’est précisément cette hypothèse qui est incomplète.

Les biais cognitifs ne sont pas des erreurs ponctuelles de jugement. Ce sont des mécanismes structurels qui déforment la façon dont on perçoit ses expériences, ses réussites, ses échecs et sa propre valeur. Ils travaillent en permanence, en dessous du niveau conscient, et ils ont tendance à se renforcer mutuellement.

  • Le biais de négativité fournit la matière première : les mauvais souvenirs imprimés plus profondément. 
  • Le biais d’attribution interne en tire une conclusion : c’est de ma faute. 
  • Le biais de confirmation verrouille le système et sélectionne tout ce qui confirme cette conclusion.

Résultat : une image de soi qui résiste à la réalité. Qui résiste aux preuves. Qui résiste même aux succès.

Aucune liste de conseils ne démonte ce système si elle ne commence pas par le nommer. Avoir confiance en soi c’est un challenge de tous les instants. Un dernier moyen pour y arriver étant de se dire qu’au fond les personnes qui ont vraiment confiance en elles sont rares et ont cheminées pour en arriver là. Sinon, on touche à l’effet Duning-Kruger mais là c’est une autre histoire 😀

Alors qu’est-ce qui change vraiment ?

Je vais être honnête : je ne vais pas vous proposer ici une liste de “vrais” conseils en remplacement des autres. Ce serait reproduire exactement ce que je viens de nuancer.

Ce que j’ai compris de l’intérieur et par le travail c’est qu’avoir confiance en soi se construit différemment de ce qu’on imagine. Pas uniquement par l’accumulation de succès, par la pensée positive ou par une liste de forces.

Cela se construit par la constitution progressive d’une archive de traversées. 

  • Des situations difficiles, 
  • des environnements hostiles, 
  • des moments où personne ne croyait que vous y arriveriez

et que vous avez traversés.

Cette archive-là, les biais ont beaucoup plus de mal à la déformer. Parce qu’elle ne repose pas sur des jugements, les vôtres ou ceux des autres. Elle repose sur des faits bruts. Ce que vous avez fait, traversé et que vous avez construit malgré tout.

Les conseils classiques ont leur place dans ce processus. Ils peuvent aider à identifier les succès que le biais de négativité aurait effacés. Ils peuvent créer des expériences nouvelles qui alimentent cette archive. Mais ils ne fonctionnent vraiment que si on comprend simultanément les mécanismes qui travaillent contre eux.

Comprendre ses biais cognitifs, ce n’est pas les supprimer. C’est apprendre à les voir opérer pour ne plus les confondre avec la réalité.

Et ça, c’est déjà beaucoup plus solide qu’une liste en cinq points.

Pour aller plus loin dans votre quête de confiance en soi

Cet article accompagne l’épisode 63 du podcast Les Biais Dans Le Plat : “Ces biais cognitifs qui sabotent notre confiance en soi”

Dans cet épisode, j’explore ces mécanismes à partir de mon expérience personnelle : les environnements toxiques traversés, la dépendance au regard extérieur construite sans qu’on s’en rende compte, et ce qui a changé quand j’ai créé SOGAMO Conseil sans filet et sans validation préalable.

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Et si vous voulez comprendre comment déjouer vos biais cognitifs au-delà de la confiance en soi, la bibliothèque d’articles du site est là pour ça.

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