Kanna Aka, 22 ans, conférencière en entrepreneuriat, lors d’une prise de parole en extérieur sur les biais cognitifs

Peur et entrepreneuriat : entreprendre malgré la peur

https://youtu.be/41s-ApYD-rQ

Peur et entrepreneuriat sont souvent présentés comme incompatibles. Pourtant, dans cette interview avec Kanna Aka, nous explorons comment la peur peut devenir un levier de croissance. À travers les biais cognitifs, le regard des autres et les mécanismes sociaux qui influencent l’entrepreneuriat féminin, une autre lecture de la réussite émerge.

  • Peut-on réussir quand on a peur ?
  • Peut-on entreprendre sans se conformer ?
  • Peut-on prendre la parole sans chercher à être acceptable ?

Dans cette nouvelle interview du podcast Les Biais Dans Le Plat, j’ai tendu le micro à Kanna Aka, conférencière de 22 ans, consultante en prise de parole et cofondatrice de l’Académie de l’Excellence Oratoire. 

Je l’ai découverte au Grand Rex, devant 400 personnes venues écouter une conférence au titre évocateur : “Avoir peur et y aller quand même.” C’était il y a 2 ans, et depuis, elle a encore fait du chemin. Elle m’a fait l’honneur de venir en parler à mon micro.

Derrière ce parcours impressionnant se cachent des mécanismes bien plus universels qu’il n’y paraît : biais cognitifs, illusion du regard des autres, pression sociale, injonction à la discipline, effet Pygmalion. Cette conversation est une plongée dans ce qui nous freine et dans ce qui nous propulse.

Entrepreneuriat féminin, entre biais cognitifs et confiance en soi

Le biais de désirabilité sociale

  • À 13 ans, Kanna découvre l’univers de l’entrepreneuriat. 
  • À 16 ans, elle lance ses premières activités. 
  • À 22 ans, elle reçoit une standing-ovation dans une salle parisienne mythique.

Son parcours pourrait être résumé comme celui d’une “jeune prodige”. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel. Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la précocité, c’est la décision répétée de ne pas entrer dans les cases que l’on avait prévues pour elle.

Dans l’entrepreneuriat féminin, les freins ne sont pas uniquement économiques ou logistiques. Ils sont souvent cognitifs et sociaux. On attend des femmes qu’elles soient compétentes, mais discrètes. Ambitieuses, mais pas trop visibles. Inspirantes, mais pas dérangeantes.

Ce tiraillement renvoie directement au biais de désirabilité sociale : cette tendance à adapter nos paroles et nos comportements pour correspondre aux attentes perçues de notre environnement. En d’autres termes, nous cherchons inconsciemment à rester acceptables.

Prendre la parole en public quand on est une femme, c’est donc naviguer en permanence entre adaptation stratégique et fidélité à soi. Où se situe la frontière entre s’ajuster à son audience et se lisser pour plaire ? Cette question traverse toute l’interview.

En savoir plus : Échapper au biais de comparaison sociale : oser être soi

L’illusion de transparence, comprendre le regard des autres

Un autre biais cognitif apparaît très clairement dans notre échange : l’illusion de transparence.

Nous avons tendance à surestimer la capacité des autres à percevoir nos émotions, nos doutes, notre stress. Lorsque nous prenons la parole en public, nous avons l’impression que notre trac est visible, que nos hésitations sont évidentes, que nos fragilités transparaissent.

Or, les études en psychologie sociale montrent que cette perception est largement exagérée. Les autres sont beaucoup moins attentifs à nos micro-signaux que nous l’imaginons.

Alors qu’il m’aura fallu attendre presque 50 ans pour m’en rendre compte, Kanna, elle, l’a compris très tôt. Il lui a suffit d’observer les conférenciers qu’elle admirait. C’était évident : ceux qu’elle percevait comme parfaitement confiants avaient eux aussi peur. La différence ne résidait donc pas dans l’absence d’anxiété, mais dans la capacité à agir malgré elle.

Comprendre ce biais change profondément notre rapport à la prise de parole et à la confiance en soi. Il ne s’agit plus d’attendre de ne plus avoir peur, mais d’accepter que la peur coexiste avec l’action.

Effet Pygmalion : le pouvoir du regard qui croit en vous

Le parcours de Kanna met également en lumière un mécanisme fondamental : l’effet Pygmalion. Ce phénomène psychologique décrit l’influence des attentes d’autrui sur nos performances.

Lorsqu’un enseignant, un parent ou un mentor croit profondément en notre potentiel, cette croyance modifie notre comportement et augmente nos chances de réussite. À l’inverse, des attentes faibles peuvent limiter nos ambitions.

Dans son cas, le soutien parental a joué un rôle déterminant. Non pas en imposant une trajectoire, mais en validant l’audace. Chaque projet était accueilli par une question simple : “Comment on fait ?”

Tout le monde ne bénéficie pas d’un tel environnement. C’est pourquoi la prise de conscience de cet effet est essentielle. Si nous ne pouvons pas toujours choisir le regard que l’on pose sur nous, nous pouvons progressivement choisir à quelles voix nous accordons du crédit.

Kanna Aka en conférence sur scène, intervenant sur l’entrepreneuriat, la peur et les biais cognitifs

Repenser la réussite entrepreneuriale, de la conscience à la transmission

De tous ces apprentissages, Kanna a fait 2 conférences phares, la première sur la peur, la seconde sur la discipline et aujourd’hui elle vient de lancer un nouveau projet avec sa mère : l’Académie de l’Excellence Oratoire. 

Elle m’a expliqué longuement comment elle a trouvé son inspiration. Entre un père entrepreneur et une mère protectrice, Kanna a pu expérimenter ses rêves dès le plus jeune âge. 

Elle a pu côtoyer aussi, dès ses 13 ans, des entrepreneurs et des conférenciers. Comprendre de l’intérieur du modèle que nous avons tous des failles et des peurs. Et finalement, que la seule chose qui nous différencie c’est l’audace d’y aller. 

Ce que révèle son parcours, c’est que la réussite entrepreneuriale n’est pas qu’une affaire de stratégie. Elle est profondément influencée par nos biais cognitifs et par le regard que nous intériorisons. 

Kanna en a fait une différence. Elle a pris sa plume pour en faire des histoires inspirantes. 

La peur comme indicateur de croissance

Le message central de Kanna qu’elle reprend dans cette interview est clair : la peur n’est pas un signal d’arrêt, mais un indicateur.

Nous avons appris à interpréter la peur comme un danger. Pourtant, dans les parcours entrepreneuriaux comme dans les transformations personnelles, elle est souvent le signe que nous nous approchons d’une zone d’expansion.

La peur apparaît précisément là où nous sortons de notre zone connue. Elle marque la frontière entre ce que nous maîtrisons déjà et ce que nous pouvons devenir.

Pour les femmes en particulier, cette lecture est essentielle. Les recherches montrent qu’à compétence égale, elles se portent moins candidates, prennent moins la parole et s’auto-évaluent plus sévèrement. Non pas par manque de capacité, mais en raison de mécanismes sociaux et cognitifs profondément ancrés.

Dans le débat entre peur et entrepreneuriat, nous opposons souvent émotion et performance. Or c’est précisément cette opposition qui mérite d’être déconstruite. Changer de trajectoire ne consiste donc pas à supprimer la peur. Il s’agit d’apprendre à la repositionner : elle peut être présente, mais elle ne doit plus tenir le volant.

Discipline ou dévotion : repenser la réussite entrepreneuriale

Autre thème structurant pour Kanna, dans l’univers du développement personnel et de l’entrepreneuriat, la discipline est souvent présentée comme la clé absolue du succès. Elle le dit très bien : se lever tôt, répéter les routines, optimiser chaque minute. La réussite serait une question de rigueur quasi militaire.

Mais elle en propose une lecture différente, plus nuancée et plus humaine : et si la discipline n’était pas la voie ?

Alors que le mot même porte une connotation de contrainte et parfois de violence. Il évoque trop l’effort forcé, l’auto-exigence permanente, voire la culpabilité lorsque l’on échoue à suivre une routine parfaite.

Elle lui oppose la notion de dévotion : accorder du soin, du temps et de l’attention à ce qui compte vraiment pour soi. La dévotion place le bonheur et l’alignement au centre, là où la discipline peut parfois produire de la performance au prix du mal-être.

Cette distinction est particulièrement intéressante lorsqu’on l’analyse à travers le prisme des biais cognitifs. Nous avons tendance à associer souffrance et mérite, intensité et efficacité. Or ces associations sont elles-mêmes biaisées.

Dans cette interview aussi Kanna nous invite à repenser la réussite. À interroger les croyances implicites que nous entretenons sur ce qu’il “faut” faire pour réussir.

Une autre lecture de la réussite entrepreneuriale

Cette interview n’est pas seulement le récit d’un parcours entrepreneurial atypique. Elle met en lumière des dynamiques universelles : la pression sociale, le besoin d’être acceptée, la surestimation du regard des autres, la confusion entre discipline et valeur, l’impact des attentes sur notre destin.

Peur et entrepreneuriat ne sont pas incompatibles. Ils sont souvent indissociables. Comprendre les biais cognitifs qui exacerbent nos peurs, c’est reprendre du pouvoir. C’est cesser de croire que nos blocages sont des preuves d’incompétence. Finalement, c’est accepter que la peur fasse partie du processus.

Si vous entreprenez, si vous envisagez une reconversion professionnelle, si vous hésitez à prendre la parole ou à lancer un projet, cette conversation vous parlera. C’est une invitation à la confiance en soi.

Parce qu’au fond, la question n’est peut-être pas : “Comment ne plus avoir peur ?”
Mais plutôt : “Qu’est-ce que cette peur est en train de m’indiquer ?”

Et vous, quelle peur vous retient aujourd’hui alors qu’elle pourrait être une invitation à grandir ? J’attends vos commentaires avec impatience ! 

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Un commentaire

  1. Merci pour ce partage. En effet la peur bien utilisée peut être un levier puissant de croissance et de créativité. Les expériences les plus incroyables sont souvent liées au surpassement d’une peur ancrée. Je les expérimenté tellement de fois que maintenant quand je sens la peur au ventre elle est accompagnée d’une excitation et d’une confiance dans ma capacité à la surmonter.