Jeune femme pensive accoudée à une fenêtre de café, carnet ouvert, symbole de la réflexion sur l'estime de soi
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Estime de soi et si la solution était aussi cognitive ?

Vous êtes en réunion. Quelqu’un salue votre travail devant tout le monde. Et à l’intérieur, une petite voix murmure : “ils vont vite se rendre compte que j’ai eu de la chance.” Vous connaissez cette voix. Peut-être même l’entendez-vous en ce moment, en lisant ces lignes. On vous a sûrement déjà conseillé de “travailler votre estime de soi“, de :

  • faire des affirmations positives.
  • noter vos réussites dans un carnet de gratitude.
  • consulter, aussi, si ça persiste.

Je ne suis ni psy, ni coach. Je ne vais donc pas vous proposer une méthode en cinq étapes, ni un protocole thérapeutique mais je vais vous proposer autre chose : Comprendre d’où vient réellement cette voix. Pas la faire taire à coups de motivation, la comprendre, avec la rigueur des biais cognitifs.

Voici ce que mes recherches sur les biais cognitifs et les neurosciences m’ont appris. Cette voix n’est presque jamais apparue toute seule. Elle a une origine précise, traçable, souvent bien plus ancienne que votre premier poste. Cette origine, ce sont des jugements (parentaux, scolaires, professionnels) eux-mêmes biaisés, que vous avez intégrés comme des vérités sur vous-même.

Dans cet article, je vais vous montrer comment ces biais construisent votre estime de soi dès l’enfance, comment ils continuent de l’éroder dans votre vie professionnelle. Et surtout, en quoi une lecture par les biais cognitifs va plus loin que les trois piliers habituellement présentés. Pas pour vous donner une solution miracle. Pour vous donner une autre grille de lecture. La mienne, celle que ma trajectoire m’a permis de construire.

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Estime de soi et confiance en soi : pourquoi on confond les deux (et pourquoi ça coûte cher)

On parle beaucoup de confiance en soi. Comment la retrouver, comment la muscler, comment ne pas la perdre face à un échec. Mais la confiance en soi n’est pas le vrai sujet. C’est l’estime de soi qui l’est. Et la différence entre les deux change absolument tout à la façon dont on aborde le problème.

La confiance en soi, une affaire de situation

La confiance en soi est situationnelle. C’est la croyance en sa capacité à réussir quelque chose de précis. On peut avoir une confiance solide au travail et beaucoup moins dans sa vie personnelle. On peut la perdre après un échec, et la retrouver après un succès. Elle fluctue. Elle est contextuelle, et c’est précisément pour ça qu’elle est plus facile à travailler : un nouveau contexte suffit parfois à la restaurer.

L’estime de soi, une affaire d’identité

L’estime de soi, c’est autre chose. Si vous cherchez une définition simple : c’est le sentiment de mériter d’exister, d’avoir le droit d’occuper de la place, d’être suffisamment valable comme personne, indépendamment de ce qu’on accomplit. Pas une performance à atteindre, un droit qu’on s’accorde ou qu’on ne s’accorde pas.

La confusion entre les deux notions coûte cher, parce qu’elle pousse à traiter le mauvais problème. Quelqu’un peut avoir une confiance professionnelle très haute et une estime de soi profondément fragile. C’est même un profil que je croise très souvent chez les personnes qui ont beaucoup performé pour compenser un sentiment de ne pas être assez. Elles savent faire. Elles ne savent pas être. Et ça m’a décrite pendant longtemps, peut-être même encore un peu aujourd’hui.

À l’inverse, quelqu’un avec une estime de soi solide peut très bien douter de ses compétences dans une situation nouvelle. Ce doute ne le dévaste pas, parce qu’il ne touche pas sa valeur fondamentale. Il touche seulement son niveau de préparation du moment.

Voilà pourquoi traiter un problème d’estime de soi avec des outils de confiance en soi ne fonctionne qu’à moitié. On va chercher des succès pour se sentir mieux. Les succès aident, un temps. Puis le doute revient, parfois encore plus fort, parce qu’on n’a jamais traité le bon niveau. C’est la spirale que beaucoup de personnes très compétentes connaissent bien : performer, se sentir mieux, douter à nouveau, performer encore plus, jusqu’à l’épuisement.

D’où vient réellement votre estime de soi : la fabrique des biais des autres

Voici quelque chose d’important, que j’aimerais que vous reteniez au-delà de cet article.

L’estime de soi ne tombe pas du ciel. Elle ne se développe pas en vase clos, à partir d’une réflexion autonome sur soi. Elle se construit, à partir des jugements que les autres portent sur nous, et que nous intégrons progressivement comme des vérités sur nous-mêmes.

Et le problème, c’est que ces jugements sont eux-mêmes biaisés.

L’introjection : quand le jugement d’un autre devient une vérité sur soi

Vos parents avaient des biais. Tout comme vos enseignants en avaient. Vos pairs, vos managers, votre famille : tous avaient des raccourcis mentaux qui ont coloré leur regard sur vous. Et vous avez absorbé ce regard sans filtre, particulièrement dans les premières années de votre vie.

Les psychologues appellent ça l’introjection. Ce processus par lequel on fait siennes des valeurs, des croyances, des jugements extérieurs, au point de ne plus percevoir qu’ils viennent d’ailleurs. Le jugement de l’autre devient une donnée sur soi, au même titre que la couleur de nos yeux.

Le biais de simplification : comment une étiquette d’enfance se forme

Je vais prendre mon propre exemple, parce qu’il illustre bien ce mécanisme.

Ma mère me disait souvent, enfant : “Toi, tu es intelligente mais tu es un peu fainéante.” Une phrase qu’elle pensait bienveillante. Une phrase qui, j’en suis convaincue, ne visait qu’à m’encourager.

Je l’ai entendue pendant des années, à l’école, à la maison, dans les conversations familiales. Elle est devenue une évidence. Une donnée sur moi-même, tout comme j’avais les yeux bleus ou les cheveux blonds : j’étais intelligente, mais un peu fainéante.

Ce que j’ai mis très longtemps à comprendre, c’est que cette phrase n’était pas une vérité sur moi. C’était un biais de simplification de la part de ma mère. Elle-même fille unique dans une fratrie de garçons, elle avait tellement souffert qu’on fasse des différences qu’elle avait décidé de ne jamais en faire entre ma sœur et moi. Résultat : elle avait distribué une étiquette à chacune. Ma sœur était “très bosseuse, mais moins intelligente.” Moi, j’étais “plus intelligente, mais un peu fainéante.”

Deux étiquettes. Deux raccourcis. Deux biais, qui nous ont fait autant de mal à l’une qu’à l’autre.

Sur le plan cognitif, face à deux filles très différentes à gérer, dans un souci d’équité, ma mère avait distribué une qualité et un défaut à chacune. C’était lisible. Gérable. Équitable en apparence. C’était aussi profondément faux pour l’une comme pour l’autre.

Ma sœur n’était pas “moins intelligente.” Elle l’était différemment. Et moi, je n’étais pas fainéante. J’étais une enfant qui s’ennuyait dans des classes qui ne lui correspondaient pas, et qui avait compris très tôt qu’il valait mieux ne pas trop briller pour se faire des amis dans les mauvaises classes où on la mettait. C’était une stratégie d’adaptation parfaitement rationnelle que j’ai fini par intégrer comme une preuve de paresse.

Voilà comment l’estime de soi se construit mal, dès le départ. Pas par malveillance mais par les raccourcis cognitifs de ceux qui nous entourent.

Miroir fragmenté reflétant plusieurs facettes d'une même femme, symbole de l'image de soi construite par le regard des autres
Notre image de nous-mêmes se construit par fragments, façonnée par le regard biaisé de ceux qui nous ont jugés.

Pourquoi cette image de soi ne se corrige pas toute seule

Une étiquette biaisée, ça pourrait s’effacer avec le temps. Ça ne se passe pas comme ça. Deux mécanismes viennent au contraire la renforcer, jour après jour.

Le biais de cohérence interne : le filtre qui protège l’étiquette

Une fois qu’une image de soi est installée, on a tendance à y rester cohérent.

  • On évite les situations qui la contrediraient.
  • On interprète les succès comme des exceptions : “j’ai eu de la chance”, “ça ne durera pas.”
  • On interprète les difficultés comme des confirmations : “tu vois, j’avais raison de douter.”

L’image de soi devient auto-entretenue. Elle :

  • filtre l’information qui pourrait la remettre en question,
  • grossit les preuves qui la confirment.
  • minimise les preuves qui la contredisent.

Ce mécanisme explique pourquoi une estime de soi fragile résiste si bien aux simples succès. Le filtre est en place avant même que le succès arrive. Et c’est lui qui décide, ensuite, si ce succès compte ou non.

La comparaison sociale : le poison silencieux des réseaux

Il y a un troisième mécanisme, qui a pris une ampleur particulière depuis dix ans : la comparaison sociale, rendue permanente par les réseaux sociaux.

Notre cerveau évalue ce qu’il est par rapport à ce qu’il voit. Et le biais de disponibilité fait qu’on se compare instinctivement aux profils les plus visibles (ceux qui “réussissent”, ceux qui affichent).

Sur les réseaux sociaux, cette comparaison est devenue structurellement défavorable. On ne compare pas notre réalité à la réalité des autres. On compare notre réalité à leur vitrine. Et la vitrine est toujours meilleure que la réalité.

Résultat : l’estime de soi s’érode en silence, à force d’une comparaison avec un standard qui n’existe pas.

Ce que le monde professionnel fait ensuite à l’estime de soi

Si les biais construisent mal l’estime de soi dans l’enfance, ils continuent leur travail de sape à l’âge adulte. Et le monde professionnel est un terrain particulièrement fertile pour ça.

Quand le contexte devient un trait de caractère

Je vais vous raconter un épisode précis, vécu.

Je traversais une situation de harcèlement, reconnue par ma propre hiérarchie. Une DRH m’a reçue. Et m’a dit : “tu vois tu étais trop fragile pour ce boulot.”

Elle l’a dit, je lui accorde la bonne foi, en pensant me protéger. Peut-être même en pensant m’aider à anticiper une suite plus douce pour moi. Mais ce qu’elle faisait, sur le plan cognitif, c’était transférer sur ma personnalité quelque chose qui appartenait entièrement au contexte. Ce n’est pas de la fragilité que de souffrir dans un environnement objectivement hostile. C’est une réponse tout à fait normale à une situation anormale.

Ce jugement aurait pu glisser. Il ne l’a pas fait. Et il ne l’a pas fait pour trois raisons précises.

D’abord, il venait d’une position d’autorité, la DRH elle-même, dans un contexte où sa parole avait un poids institutionnel. Ensuite, il faisait écho à quelque chose que je ressentais déjà confusément : le doute était présent avant même la phrase, la phrase n’a fait que lui donner un nom et une légitimité extérieure. Enfin, et c’est le plus insidieux, le biais d’attribution faisait déjà son travail de son côté : j’étais en train de m’imputer les difficultés d’une situation de harcèlement, plutôt que de les lire pour ce qu’elles étaient, le résultat d’un contexte que je ne contrôlais pas.

Ces trois mécanismes cumulés expliquent pourquoi un jugement biaisé, prononcé une seule fois, peut s’installer aussi durablement qu’une étiquette répétée pendant des années dans l’enfance. Il n’a pas besoin d’être répété. Il a juste besoin de tomber au bon endroit, au bon moment, sur un terrain déjà fragilisé.

La fausse mémoire autobiographique et le biais de négativité : une mémoire qui ment

Il y a un deuxième mécanisme, qui opère peut-être encore plus profondément sur l’estime de soi que sur nos parcours professionnels en général.

Notre mémoire ne stocke pas les événements de façon neutre. Elle les reconstruit à chaque évocation, colorée par notre état émotionnel du moment. Concrètement : si on se souvient de son parcours dans un moment de doute, la mémoire en stocke une version sombre. Si on se souvient des mêmes événements dans un moment de confiance, elle les stocke différemment.

Le biais de négativité amplifie ce mécanisme. Notre cerveau donne naturellement plus de poids aux expériences négatives qu’aux positives, parce que c’est plus utile à la survie. Une menace mal anticipée coûte plus cher qu’une opportunité manquée.

Résultat : nos échecs, nos humiliations, nos jugements négatifs reçus s’impriment plus profondément et durent plus longtemps que nos réussites, nos reconnaissances, nos preuves de valeur. L’estime de soi est construite sur un registre biaisé, avec des événements négatifs surpondérés et des événements positifs sous-pondérés. Et on se demande pourquoi elle reste si fragile.

https://youtu.be/E3lMXJ–VDw

Les 3 piliers “officiels” de l’estime de soi : ce qu’ils expliquent, ce qu’ils n’expliquent pas

Amour de soi, vision de soi, confiance en soi

Si vous avez déjà cherché à comprendre l’estime de soi, vous êtes probablement tombée sur le modèle du psychiatre Christophe André, exposé notamment dans son livre L’Estime de soi, aujourd’hui une référence sur le sujet. Il décrit l’estime de soi comme reposant sur trois piliers. L’amour de soi, cette capacité à s’accepter avec bienveillance, y compris dans l’échec. La vision de soi, ce regard lucide qu’on porte sur ses qualités et ses limites. Et la confiance en soi, cette croyance qu’on peut agir et faire face.

Vous croiserez aussi, selon les sources, une version à quatre piliers, qui ajoute souvent la connaissance de soi ou l’alignement entre valeurs et actions aux trois piliers de Christophe André. Ces variantes ne se contredisent pas vraiment entre elles. Elles découpent la même réalité avec un luxe de détail différent. Ce qui m’intéresse ici n’est pas de trancher combien de piliers il faut compter, mais de comprendre ce qui les fait tenir, ou vaciller.

C’est un modèle solide, largement utilisé en psychologie clinique, et je ne vais pas vous dire le contraire.

Ce que ce modèle décrit bien, et où il s’arrête

J’ai un jour été coachée sur ce modèle précis. On m’avait présenté les trois piliers avec beaucoup de clarté. Et on m’avait dit, en substance : sur l’image de soi et la confiance en soi, on peut travailler ensemble, vous avez la main. Mais si le problème vient de l’amour de soi, là, ça sort du coaching, ça relève de la psychanalyse.

Cette phrase m’est restée. Parce qu’elle traçait une frontière nette : deux piliers qu’on peut muscler avec des outils et de la méthode, et un troisième qu’on ne peut qu’aller “réparer” ailleurs, dans un travail thérapeutique long et différent. Une bonne cartographie du problème, donc, mais qui s’arrête net dès qu’elle touche à la racine. Elle vous dit où ça vacille. Elle ne vous dit rien sur comment ça s’est construit, ni sur ce que vous pouvez en faire vous-même, en attendant, ou en complément d’un travail thérapeutique si vous en avez besoin.

Ce que la lecture par les biais cognitifs change

C’est précisément là que la lecture par les biais cognitifs prend le relais, et rouvre un pilier qu’on présente souvent comme fermé au travail personnel.

Parce que l’amour de soi, ce pilier qu’on renvoie à la psychanalyse, n’est pas apparu de nulle part. Il s’est construit, comme les deux autres, à partir de jugements extérieurs biaisés, intégrés par introjection. Et si vous pouvez identifier le biais qui a façonné un jugement sur vous, vous pouvez aussi identifier les biais qui façonnent, aujourd’hui encore, le regard que d’autres portent sur vous, ou que vous portez sur vous-même en leur nom.

Ça ne remplace pas un travail thérapeutique si la blessure est profonde. Mais ça vous donne une prise, là où le modèle des trois piliers vous en refusait une. Comprendre le mécanisme, pour vous, et pour lire les jugements des autres, plutôt que d’attendre qu’un tiers vienne “réparer” ce pilier à votre place.

Une autre lecture : les biais cognitifs qui façonnent (et fragilisent) ces piliers

Je vais être très directe sur ce point. Quand je parle de reconstruire son estime de soi, je ne parle pas de se convaincre qu’on est extraordinaire. Je ne parle pas d’affirmations positives, ni d’auto-congratulation.

Je parle de quelque chose de bien plus modeste et plus simple à s’approprier me semble-t-il : construire une image de soi qui soit juste. Une image qui corresponde à la réalité de ce qu’on est, de ce qu’on a fait, de ce qu’on a traversé, sans les filtres biaisés qui l’ont déformée.

Identifier l’étiquette héritée et la rendre à son auteur

Prenez le temps de lister les croyances que vous avez sur vous-même, pas vos compétences, vos croyances fondamentales :

  • “Je suis quelqu’un qui ne finit pas ce qu’il commence.”
  • “Je ne suis pas fait pour les postes à responsabilité.” “
  • Je suis trop sensible.”
  • “Je manque de rigueur.”

Pour chacune, posez-vous une question simple. D’où vient cette croyance ? Qui l’a formulée en premier, et dans quel contexte ? Cette personne avait-elle toutes les informations pour porter ce jugement, ou avait-elle ses propres biais, ses propres limites, ses propres enjeux dans cette lecture de vous ?

Pour moi, “intelligente, mais un peu fainéante” venait d’une mère aimante qui voulait éviter de faire des différences entre ses deux filles. Ce jugement en disait beaucoup plus sur sa façon de gérer la complexité que sur ma façon de travailler à l’école. Remettre l’étiquette à son auteur, ce n’est pas l’accuser. C’est simplement la désinstaller de l’image que vous avez de vous-même.

Reconstruire un registre juste de ses expériences

Le biais de négativité surpondère les expériences négatives. La fausse mémoire autobiographique les reconstruit encore plus sombrement à chaque évocation, dans les moments difficiles. L’antidote n’est pas de nier les difficultés. C’est d’empêcher la mémoire de les reconstruire à chaque fois qu’elle les évoque.

Concrètement : tenez un registre factuel de votre parcours. Pas un journal intime, pas un carnet de gratitude. Un relevé neutre, daté, des faits et des résultats. Ce que vous avez livré, ce qu’on vous a confié, ce que vous avez tenu, sans commentaire ni mise en scène. L’idée n’est pas de vous convaincre de quoi que ce soit. C’est de disposer d’une version des faits qui n’a pas eu le temps de se reconstruire sous l’effet de votre humeur du moment.

Parce que voilà ce qui se joue vraiment : quand vous évoquez un souvenir professionnel dans un moment de doute, ce n’est pas le souvenir qui remonte, c’est une reconstruction de ce souvenir, filtrée par votre état émotionnel actuel. Un registre daté au moment des faits résiste à cette reconstruction. Il ne remplace pas le ressenti. Il lui donne un repère qui ne bouge pas.

Séparer la valeur de la performance

C’est peut-être la piste la plus difficile, et la plus importante.

Une estime de soi fragile confond constamment ces deux choses. Elle fait de la performance un indicateur de valeur. “J’ai raté, donc je ne vaux rien.” “Je n’ai pas obtenu ce poste, donc je ne mérite pas d’y être.”

Ces deux choses n’ont pourtant aucun lien logique. Un échec, dans une situation donnée, dit quelque chose de votre performance dans cette situation. Il ne dit rien de votre valeur en tant que personne.

Le biais de résultat nous pousse à juger nos décisions sur leurs résultats. Une estime de soi fragile va encore plus loin. Elle juge la personne sur la décision, et la décision sur le résultat. C’est une double déformation.

La performance est variable. Elle dépend du contexte, des ressources, du moment, de la chance, des autres. La valeur, elle, ne fluctue pas au gré des résultats trimestriels. Séparer les deux n’est pas facile. Mais c’est le travail le plus fondamental pour construire une estime de soi qui tient. Pas une estime de soi euphorique. Une estime de soi stable.

Femme observant une balance à l'équilibre entre pommes et pierres, symbole d'une estime de soi juste et équilibrée
Reconstruire une estime de soi juste, c’est redonner leur vrai poids aux expériences positives, trop souvent minimisées.

Une estime de soi juste, pas une estime de soi positive

Je vais terminer là où j’ai commencé : “Intelligente, mais un peu fainéante.”

Cette étiquette, j’ai passé des années à essayer de la démentir. En travaillant plus fort, en livrant plus, en prouvant. Ce que je n’avais pas compris, c’est que je traitais le problème à l’envers. Chercher à démentir une étiquette, c’est encore lui donner raison. C’est agir comme si elle était vraie, et qu’il fallait la combattre.

Ce que j’ai compris bien plus tard, c’est que l’étiquette n’avait jamais été vraie. Elle n’avait jamais été une donnée sur moi. Elle avait été un raccourci cognitif de quelqu’un qui m’aimait, mais qui avait simplifié une réalité complexe pour la rendre gérable.

Et une fois que j’ai compris ça, pas intellectuellement, vraiment compris, je n’avais plus besoin de la combattre. Je pouvais juste la poser. La rendre à son auteur. Et recommencer à me voir sans ce filtre.

Ce n’est pas un travail qui se fait en lisant un article, ni en “guérissant” d’un manque, comme s’il s’agissait d’un symptôme à faire disparaître. C’est un travail de longue haleine, qui demande de la patience et de la rigueur, et qui ne relève ni de la thérapie, ni du coaching, ni de la motivation. Il relève pour moi de la compréhension : comprendre le mécanisme, pas pour se déresponsabiliser, mais pour agir en connaissance de cause.

Si cette fragilité s’accompagne d’une souffrance installée, un accompagnement par un professionnel de santé reste évidemment le bon interlocuteur : cet article propose une grille de lecture, pas un substitut à un suivi si vous en ressentez le besoin.

Alors voici la question que je vous laisse aujourd’hui. Pas rhétorique. Je ne connais pas votre réponse, et je n’ai pas non plus fini de travailler la mienne : Et si l’image que vous avez de vous-même n’était pas vraiment la vôtre, mais l’accumulation des raccourcis cognitifs de ceux qui ont compté pour vous ?

Pour aller plus loin :

Et si votre équipe ou votre entreprise a envie d’aller plus loin sur ces sujets, je propose des conférences et ateliers autour des biais cognitifs au travail : n’hésitez pas à me contacter.

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