Leslie Nobou, invitée du podcast Les Biais dans le Plat, assise en tailleur, portrait pour l'épisode sur le biais de cohérence et le syndrome de l'imposteur
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Biais de cohérence, syndrome de l’imposteur : comment Leslie Nobou a transformé ses blocages en force

Biais de cohérence, syndrome de l’imposteur, biais de conformité… Dans ce nouvel épisode hors-série des Biais dans le Plat, Leslie Nobou, designer d’espace et voix du festival Les Lumdacieuses, raconte comment elle a arrêté de choisir entre ses deux vies pour transformer ce qui la bloquait en compétence qu’elle met aujourd’hui au service des autres.

Qui est Leslie Nobou ?

Designer d’espace de formation, Leslie Nobou exerce aujourd’hui comme retail designer, après un parcours en arts appliqués, en scénographie et en architecture qui l’a menée jusqu’en Irlande du Nord. Mais dessiner les espaces ne lui suffisait pas. Quand elle ne les dessine pas, elle les habite autrement : par la danse. J’ai rencontré Leslie lors du Festival Les Lumidacieuses, elle animait la salle en amont du Festival, transformant une foule d’inconnus en un seul mouvement collectif.

Deux vies, en apparence, difficiles à faire tenir ensemble que j’avais envie de vous partager. Sauf qu’en discutant on se rend compte que Leslie n’a jamais vraiment choisi entre les deux. Elle a fini par comprendre que ce qui ressemblait à une contradiction était en réalité sa plus grande force.

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Sortir de la case unique : le biais de cohérence

Le premier obstacle que nous avons abordé avec Leslie n’est pas un manque de talent ni de motivation. C’est la pression de devoir choisir une seule étiquette. « Si je ne prenais que l’étiquette de designer, il y avait une frustration qui pouvait naître. Si je ne prenais que l’étiquette de danseuse, c’est un domaine que je ne maîtrise pas au niveau du design », raconte-t-elle. Cette angoisse, même si très légère chez Leslie,  a un nom : le biais de cohérence, cette tendance à vouloir se présenter comme une seule chose, facile à ranger dans une case, pour rassurer les autres autant que soi-même.

Le cerveau humain n’a pas beaucoup évolué depuis l’époque où appartenir clairement à un groupe conditionnait la survie collective. Aujourd’hui, plus personne ne joue sa survie en ayant deux métiers, mais le réflexe est resté : on continue à chercher une case unique, quitte à s’y sentir à l’étroit. C’est le même mécanisme que décrivait Rebecca Sfedj, qui a longtemps souffert de ne pas avoir de vocation unique à présenter au monde.

Ce que Leslie a fait, ce n’est pas résoudre ce dilemme en tranchant. C’est refuser le dilemme lui-même. Son parcours d’études le montre déjà : entre design graphique et design d’espace : une reconversion miniature avant l’heure. Elle n’a pas choisi la voie « la plus logique », mais celle qui gardait un pont vers ce qui comptait vraiment pour elle : le rapport au corps, à l’espace physique, à la matière. Sans savoir encore que ce pont la mènerait un jour à la danse.

Syndrome de l’imposteur : reconstruire sa légitimité pièce par pièce

Le deuxième obstacle est venu avec l’exposition. Passer d’un métier plutôt discret à une présence publique : monter sur scène, apparaître face à une caméra, incarner une image aurait pu réveiller chez Leslie ce que beaucoup connaissent sous le nom de syndrome de l’imposteur.

Elle y a apporté une réponse concrète, presque méthodique. Elle a choisi de traiter chaque retour extérieur comme un miroir. « Les choses que je ne veux pas me dire à moi-même, si une personne extérieure me le dit, c’est qu’il y a potentiellement quelque chose », explique-t-elle. Un retour, elle peut le négliger. Plusieurs retours similaires venus de personnes différentes, beaucoup plus difficilement. Elle s’en est servie comme de preuves qu’elle accumule, une à une, pour construire une légitimité qu’aucune case scolaire ou familiale ne lui avait donnée d’avance.

Elle a aussi appris à filtrer : garder les retours constructifs, écarter ceux teintés d’une anxiété qui n’est pas la sienne. Une nuance simple, mais rarement appliquée. La plupart d’entre nous prenons tous les avis au même poids, qu’ils viennent nourrir notre chemin ou simplement notre peur. Nathalie Chiurulla racontait un cheminement très proche : la légitimité ne précède pas toujours le poste, elle se construit souvent après.

Biais de conformité : transformer un piège en outil de guidance collective

C’est le moment le plus fort de l’échange. J’ai présenté à Leslie le biais de conformité : cette tendance à se fondre dans l’énergie d’un groupe plutôt qu’à s’en distinguer. Ce biais presque toujours présenté comme un piège à éviter, Leslie en a fait tout autre chose : un levier.

Quand elle anime une salle, elle ne cherche pas à convaincre chaque personne individuellement de se lever et de danser. Elle sait qu’un mouvement collectif, une fois enclenché, entraîne presque mécaniquement ceux qui hésitent encore. « C’est rare qu’une seule personne reste totalement statique quand il y a un mouvement général qui se passe », observe-t-elle. Elle ne combat donc pas le biais de conformité : elle le met instinctivement au travail, en direction du groupe, tout en gardant un niveau d’accessibilité dans les pas qu’elle propose pour ne jamais créer d’exclusion.

La puissance du renversement est là : ce qui aurait pu bloquer Leslie dans sa propre vie : le besoin de correspondre à une case, la peur du regard des autres, devient, une fois maîtrisé pour elle-même, l’instrument qu’elle utilise pour libérer les autres de leurs propres blocages, le temps d’une soirée.

De la résolution personnelle à la transmission

C’est ce qui distingue le parcours de Leslie d’un simple récit de dépassement de soi. Elle n’a pas seulement trouvé une façon de faire coexister deux identités et d’apprivoiser son syndrome de l’imposteur. Elle a transformé cette traversée en compétence tournée vers les autres.

Le mécanisme qu’elle a utilisé pour elle-même : accepter de rester dans le mouvement plutôt que de figer une décision, faire confiance à l’énergie collective plutôt que de la craindre, est exactement celui qu’elle active aujourd’hui pour faire danser une salle entière de parfait(e)s inconnu(e)s. Elle ne s’est pas contentée de sortir de sa propre case : elle aide désormais chaque personne présente à sortir, ne serait-ce que quelques minutes, de la sienne.

C’est peut-être la vraie leçon de cet échange : nos biais ne sont pas seulement des obstacles à démonter un par un. Une fois compris et apprivoisés pour soi, ils peuvent devenir des outils qu’on met au service d’un collectif : la meilleure preuve que la lucidité sur ses propres mécanismes n’est jamais une fin en soi, mais un point de départ pour accompagner d’autres personnes dans leurs propres blocages. Comme le montrait déjà Kanna Aka, la peur n’est pas un signal d’arrêt, mais un indicateur, encore faut-il, comme Leslie, avoir appris à l’écouter plutôt qu’à la fuir.

Et vous ?

Il y a probablement, dans votre entourage ou en vous-même, une tension entre deux identités qu’on vous pousse à départager. Un métier « sérieux » et une passion qu’on n’ose pas pleinement assumer. La question que pose implicitement le parcours de Leslie n’est pas « lequel dois-je choisir ? », mais : qu’est-ce que cette tension m’apprend, et à qui pourrait-elle un jour être utile, une fois que je l’aurai traversée ?

Retrouvez Leslie sur Instragram : @leslay.nb

Et toute l’interview sur Spotify, Apple, Deezer ou Amazon.

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