Syndrome de l’imposteur : des biais cognitifs et des stéréotypes

Apprenez à connaître vos ennemis d’autant plus quand cet ennemi c’est vous ! 

Nous l’avons vu dans l’article “Femmes et syndrome de l’imposteur : les clés du succès” en analysant les causes, manifestations et conséquences du syndrome de l’imposteur. Nos comportements sont influencés tant par des biais cognitifs que des stéréotypes. Ces facteurs influencent profondément la façon dont nous percevons et évaluons nos compétences et nos réalisations. 

Je vous propose ici d’aller plus loin dans l’illustration de ces biais et stéréotypes. Je vous raconterai certaines de mes histoires pour vous permettre de regarder les autres sous un autre angle. 

Pour avancer, il faut comprendre et il faut parler. J’ai mis tellement de temps à le comprendre ! Ma plus grande récompense serait que vous me partagiez vos expériences en commentaires de cet article.

Avant toute chose, une petite définition s’impose !

I. Qu’est-ce qu’un biais cognitif et pourquoi y sommes-nous tellement sensibles ?

Un biais cognitif est un schéma de pensée trompeur et faussement logique. Il nous sert quotidiennement à résoudre quatre problèmes principaux : la surcharge d’information, le manque de sens, le besoin d’agir vite et comment savoir de quoi on doit se rappeler plus tard. 

Codex des biais cognitifs John Manoogian
Modèle Algorithmique : John Manoogian III – By Jm3 [CC BY-SA 4.0], from Wikimedia Commons

II. Dans le cadre du syndrome de l’imposteur, on peut retrouver les biais suivants : 

Première précaution d’usage, je vous propose ici une sélection qui me ressemble avant tout. La production de contenus sur ces sujets est tellement fertile que vous n’aurez pas de mal à trouver d’autres idées. Pour autant, la transmission de ces messages ne me semble pas à la mesure de l’enjeu. Encore une fois, ma mission ici est d’ouvrir la discussion.

1. La pensée dichotomique :

Ce biais amène les femmes à voir le monde en termes de « tout ou rien ». Nous pouvons nous percevoir soit comme des impostures complètes, soit, plus rarement, comme des génies absolus. Nous minimisons nos succès et exagérons nos erreurs. Impossible dans ce cas de reconnaître ses progrès et sa valeur réelle.

2. La lecture dans les pensées

Les femmes qui souffrent du syndrome de l’imposteur ont tendance à présumer que les autres pensent du mal d’elles, que tous leurs succès sont soumis à des conditions biaisées. Les politiques d’inclusion en entreprise lorsqu’elles sont mal maîtrisées font beaucoup de mal aux femmes qui réussissent. Elles interprètent les regards, les commentaires et les silences de manière négative, même si ces indices n’ont pas de fondement réel.

3. La généralisation excessive :

Un seul échec ou une critique peut amener les femmes à généraliser et à conclure qu’elles sont incompétentes dans tous les domaines. Elles oublient leurs réussites passées et se focalisent sur les moments négatifs, ce qui alimente leur sentiment d’inadéquation.

4. La disqualification des réalisations :

Les femmes qui souffrent du syndrome de l’imposteur ont tendance à attribuer leurs succès à des facteurs externes, comme la chance ou l’aide des autres, plutôt qu’à leurs propres mérites. Les femmes managers ont tendance à faire passer trop systématiquement l’équipe devant elles. Elles minimisent leurs compétences et leur effort, ce qui les empêche de se sentir totalement fières de leurs accomplissements.

5. La comparaison sociale :

Les femmes se comparent souvent aux autres, en particulier à celles qui semblent plus accomplies qu’elles. Elles se focalisent sur les réussites des autres et minimisent leurs propres réalisations, ce qui alimente leur sentiment d’infériorité.

Cette tendance à la comparaison est aggravée par un perfectionnisme plus ou moins fort. Les femmes se fixent des objectifs inatteignables et se critiquent sévèrement pour leurs erreurs, ce qui alimente leur anxiété et leur sentiment d’échec.

Il est important de noter que le syndrome de l’imposteur n’est pas causé par un seul biais cognitif, mais plutôt par une combinaison de plusieurs facteurs. En comprenant ces biais et en développant des stratégies pour les contrer, les femmes peuvent apprendre à mieux se percevoir et à surmonter les obstacles qui les empêchent de s’épanouir pleinement.

III. Les stéréotypes de genre : terreau fertile du syndrome de l’imposteur chez les femmes

En plus des biais cognitifs mentionnés ci-dessus, il est important de souligner le rôle des stéréotypes de genre dans le développement du syndrome de l’imposteur. 

Les stéréotypes de genre, ces croyances sociales préconçues sur les caractéristiques et les comportements attendus des hommes et des femmes, jouent un rôle crucial dans le développement du syndrome de l’imposteur chez les femmes. Dès leur plus jeune âge, les femmes sont confrontées à des messages implicites et explicites qui les conditionnent à douter de leurs capacités et à limiter leurs aspirations.

Ces stéréotypes peuvent renforcer les biais cognitifs et rendre les femmes encore plus susceptibles de souffrir du syndrome de l’imposteur, je les ai rassemblé en trois catégories principales mais il est impossible d’atteindre l’exhaustivité tant notre perception au monde nous est propre !

1. Les incompétences des femmes

  • “Les femmes sont moins compétentes en mathématiques et en sciences”
  • “Les femmes réussissent grâce à leur apparence ou leur charme plutôt qu’à leur compétence”
  • “Les femmes ne sont pas de bonnes leaders”
  • “Les femmes sont naturellement multitâches, mais moins spécialisées”

C’est le fléau des généralités bien sûr mais quelle puissance peuvent avoir ces idées latentes sur nos vies. Et le pire, c’est que nous sommes les principaux vecteurs de transmission de ces croyances séculaires. 

Gamine, une professeur de mathématiques de sixième a jugé bon de m’aider à comprendre que j’avais “trop confiance en moi”. Elle a osé regarder ma mère dans les yeux pour lui dire avec fierté “qu’elle avait fait en sorte que ça change” ! Je n’ai jamais compris ce qu’elle m’avait fait mais elle a réussi à détruire en moi la confiance nécessaire à réussir dans le domaine scientifique au niveau scolaire. Bizarrement, et contre nature, j’ai brisé cette malédiction dans ma vie professionnelle. Au point de finir à atteindre des postes de directrice informatique ! 

Il m’a fallu des années pour comprendre pourquoi et comment il fallait se présenter, présenter ses réalisations, assumer ses compétences et ses expertises. Mais aussi, des années pour comprendre en quoi les qualités féminines devaient servir différemment les entreprises. 

2. Les femmes « douces » et « émotives »

  • “Les femmes sont plus émotionnelles et moins rationnelles”
  • “Les femmes doivent être modestes et ne pas se vanter de leurs réalisations”
  • “Les femmes doivent être agréables et accommodantes”
Syndrome de l'imposteur - autocritique

C’est la grande ambiguïté que rencontrent les femmes en entreprise. le contre-pied que tu te sens obligée de prendre pour réussir et qui fait encore plus de mal que de bien à la cause des femmes.  

En fait, la situation est bien plus compliquée sur le terrain. On oppose inconsciemment, les “faibles femmes” d’un côté et les femmes fortes. Ces dernières, victimes des stéréotypes de genres opposés.  La femme est alors associée : à la loyauté, à un sentiment d’appartenance exacerbé, à un bon sens de la communication et à une faculté à s’effacer au profit de leur mission… 

Et, c’est alors que pour briser le plafond de verre, la femme est projetée sur la falaise de verre. Les femmes sont mises en situation d’échec. La chercheuse suisse, …, est formelle : “les hommes sont plus souvent choisis que les femmes aux postes de direction, et lorsque les femmes sont sélectionnées, c’est pour occuper des positions difficiles”1.

Je ne saurai pas dire combien de femmes et d’amies, j’ai vu être mises dans cette position au cours de ma vie professionnelle. J’ai moi-même pris avec plaisir des responsabilités en pleine tempête, tellement flattée qu’on fasse enfin appelle à moi, que mes compétences soient reconnues. 

C’est pour ça qu’il devient impératif de partager ces constats. La première étape c’est de partager ses expériences. Pour autant, qui partage volontiers ses échecs ? D’autant plus quand votre émotion se retourne consciemment et inconsciemment contre vous ! 

3. Les femmes hyper-responsabilisées

Je le présente en dernier mais je me demande si ça n’est pas le groupe de stéréotypes qui n’est pas le plus lourd à assumer pour les femmes. En tout cas, pour moi, c’est une pression au quotidien.

  • “Les femmes doivent choisir entre carrière et famille”
  • “Les femmes doivent consacrer plus de temps aux soins des autres qu’à leur propre développement”
  • “Les femmes sont responsables de leur propre succès mais aussi du bien-être émotionnel de leur environnement”
  • “Les femmes doivent être parfaites pour réussir”

Comme je l’ai déjà partagé dans ma présentation, je suis une femme comme une autre. J’ai une carrière, une histoire, une famille et des responsabilités. Pour autant, je suis objectivement soumise aux quatres injonctions listées ci-dessus. Et personnellement et professionnellement, j’ai joué bien plus de rôles que de raison. La seule fois où j’ai pu me fabriquer le job de mes rêves, il y avait quatre métiers dans une fiche de poste ! 

Pourtant, je portais toujours les stigmates de la femme “sympa”, “multitâches”, de la “bonne copine” plutôt que de la cheffe naturelle. Et, vraiment, avec du recul, je sais que c’est largement moi qui contribuais à me mettre dans ces cases. Et avec une certaine fierté par-dessus le marché !

Conclusion : Infra-valorisation des compétences féminines

On le voit bien dans ces illustrations, les biais cognitifs et les stéréotypes ont des impacts profonds sur la façon dont on perçoit ses compétences et sa valeur dans sa vie professionnelle et personnelle. 

Les contradictions sont elles aussi évidentes. Les stéréotypes d’hyper-responsabilité ou même les “qualités” qui mènent les femmes vers la falaise de verre sont totalement contradictoires avec celles qui les poussent à se dévaloriser. 

En creusant encore un peu plus loin, certaines compétences et qualités traditionnellement associées aux femmes, comme la communication, l’empathie et le travail en équipe, sont souvent sous-estimées et peu valorisées dans le monde professionnel. Cela peut amener les femmes à douter de la valeur de leurs contributions et à se sentir moins légitimes dans leur réussite.

Mais, il faut garder à l’esprit que ces biais et ces stéréotypes sont bien le résultat de siècles de construction de nos sociétés. La biologie et les neurosciences ont longtemps été utilisées pour justifier les différences essentielles entre les sexes. 

Elles remettent aujourd’hui en question des vérités qui semblaient acquises2. Comme l’affirme la neurobiologiste Catherine Vidal3 : « Oui, il y a des différences entre un cerveau masculin et un cerveau féminin… mais autant qu’entre le cerveau d’un individu et celui d’un autre, qui ne cessent de se façonner selon leur environnement et leurs expériences cognitives respectives. »

Alors, comme je vous l’écrivais en introduction de cet article, pour avancer, il faut comprendre et il faut parler. Ma plus grande récompense serait que vous me partagiez vos expériences en commentaires de cet article.

À vos souvenirs ! J’ai hâte de vous lire ! 

#syndrome de l’imposteur #inclusion #femmes au travail

  1. https://thedaily.swile.co/falaise-verre ↩︎
  2. https://www.hbrfrance.fr/leadership/le-leadership-feminin-une-construction-sociale-60341 ↩︎
  3. « Hommes, femmes : avons-nous le même cerveau ? », de Catherine Vidal, Le Pommier, 2007 ↩︎
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9 commentaires sur « Syndrome de l’imposteur : des biais cognitifs et des stéréotypes »

  1. Merci pour cet article. Je me suis complètement reconnue dans ce que tu as écrit. Longtemps, j’ai cru que les autres, et en particulier les femmes, savaient mieux que moi. Je n’avais déjà pas beaucoup de confiance en moi avant de rencontrer mon mari, mais durant notre mariage, j’ai encore plus douté de mes compétences. Pourtant, intérieurement, je savais que j’étais forte et capable, mais il m’était impossible de comprendre ce qui me chagrinait en moi.

    Mon mari critiquait souvent ma manière de travailler et mes recherches d’emploi parce qu’il avait une idée bien précise de comment il fallait faire. J’ai perdu toute estime de moi-même jusqu’à ce qu’une amie me conseille de consulter une thérapeute. Elle m’a aidée à retrouver la confiance en moi et à comprendre que j’étais manipulée. Après un long chemin vers la confiance, j’ai enfin découvert qui j’étais, ce que je voulais et ce que je ne voulais plus !

    Derrière chaque mal se cache du bien.

  2. Je n’ai pas d’exemple à partager même si je me reconnais beaucoup, j’ai trouvé cet article très intéressant ! Prendre conscience est le premier pas vers la modification de ces schémas ! Merci 🙂

  3. Merci pour cet article. Dans mon domaine – l’art – le syndrome de l’imposteur touche tout les artistes, hommes et femmes, même si les hommes ont plus de difficultés à le reconnaître ! Il faut dire que la société encourage plus les femmes à révéler leurs émotions et leur vulnérabilité, bien souvent à leur détriment, d’ailleurs.

  4. Merci pour cet article éclairant qui met en avant avec une grande finesse les biais cognitifs et les stéréotypes influençant notre perception de nous-mêmes, alimentant notre syndrome de l’imposteur. En tant que praticien en gestion mentale, j’apprécie énormément cette mise en lumière des mécanismes mentaux sous-jacents. Car elle favorise la prise de conscience.

    En effet, la disqualification des réalisations que vous décrivez résonne profondément avec les principes de la gestion mentale, où l’introspection joue un rôle clé pour prendre conscience des schémas de pensée limitants et pour les modifier.

    Cette approche permet de renforcer l’estime de soi en aidant les individus à reconnaître et à valoriser leurs propres compétences et efforts.

    Ainsi, l’accompagnement en gestion mentale pourrait être une voie précieuse pour les personnes souffrant du syndrome de l’imposteur, en les aidant à attribuer leurs succès à leurs propres mérites plutôt qu’à des facteurs externes.

    Encore merci pour ce partage enrichissant.

  5. Merci pour cet article enrichissant sur les biais cognitifs et les stéréotypes. Manager depuis plus de 20 ans, j’ai entendu de nombreuses fois ces stéréotypes. Qu’on le veuille ou non, elles nous impactent.

  6. Merci pour cet article passionnant sur le syndrome de l’imposteur et les biais cognitifs. Tes explications sont vraiment claires et pertinentes. Ça aide à mieux comprendre les mécanismes en jeu et à prendre du recul sur nos propres expériences. Tes conseils sont les bienvenus.

  7. Merci pour ce super article bien complet ! Pour ma part, même si je n’ai pas vraiment souffert de stéréotype, évoluant en marketing dans des entreprises composées de 70% de femmes, c’était plus facile… Mais j’ai clairement ce poids lourd de « faut être parfaite pour réussir » et je peux facilement faire une généralisation excessive comme tu le dis, à la moindre erreur ! Pas facile, mais j’essaye de plus de plus de prendre du recul et à être moins dure avec moi…

  8. Merci Sophie pour ton article.
    Tes explications claires et détaillées m’ont aidé à mieux comprendre ces concepts complexes et leur impact sur notre perception de nous-mêmes. J’ai particulièrement apprécié les exemples concrets et les conseils pour surmonter ce sentiment d’imposture. C’est un sujet crucial pour beaucoup de gens et tu as su l’aborder avec justesse et bienveillance.
    A bientôt et au plaisir d’échanger de nouveau ensemble. 🌷

  9. Article extrêmement pertinent ! La manière dont vous abordez les stéréotypes de genre et leur impact sur le syndrome de l’imposteur est vraiment éclairante. Je découvre le blog. Je n’ai pas encore tout lu ….mais je vais le suivre car d’emblé « le savoir c’est le pouvoir », je répète cette phrase à longueur de journée aux personnes que j’accompagne. Vos sujets me parle et j’aime beaucoup la façon dont vous l’exprimez. Merci 🙂

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